BNS à contrepoint : taux zéro face à l’inflation, une stratégie en tension

Economie

La Banque nationale suisse se trouve dans une position délicate. Alors que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne relèvent leurs taux respectifs depuis plusieurs mois pour juguler l’inflation, la BNS persiste à maintenir son taux directeur à 0%, où il stagne depuis juin 2025. Cette divergence, devenue flagrante en septembre 2026, expose la Suisse à des choix économiques qui divisent les analystes.

La BCE et la Fed ont chacune relevé leurs taux de 25 points de base, tandis que la BNS maintenait son taux directeur à 0%. En comparaison internationale, les taux directeurs des États-Unis se situent entre 3,5 et 3,75%, tandis que celui de la Banque centrale européenne s’établit à 2,25%.

L’inflation monte, mais la BNS attend

Pourquoi cette inaction apparente face à la montée des prix ? L’inflation suisse a continué d’augmenter depuis juin, passant de 0,6% en mai à 0,8% en août, principalement sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie. L’inflation a atteint 1,0% en septembre, sous l’effet des prix de l’énergie. Pourtant, cette décision protège la stabilité des prix en Suisse, avec une inflation contenue entre 0,7% et 0,8% selon les objectifs de la BNS.

La justification de la banque centrale repose sur une analyse nuancée de la situation économique suisse. D’abord, l’inflation reste sous la bande de 0% à 2% que l’institution considère comme compatible avec la stabilité. Ensuite, l’économie suisse affiche des signes de vigueur suffisants pour ne pas nécessiter un resserrement monétaire. La BNS a relevé sa prévision de croissance pour 2026 compte tenu du bond du produit intérieur brut au deuxième trimestre, tablant désormais sur une progression du PIB de l’ordre de 1,5% à 2% en 2026, contre environ 1% attendu en juin.

Un rebond économique remarquable

Ce rebond économique représente un tournant remarquable. Le produit intérieur brut suisse a progressé de 1,5% au deuxième trimestre 2026, après une hausse de 0,5% au premier trimestre, ce qui constitue la progression trimestrielle la plus importante enregistrée depuis le troisième trimestre 2021. Les exportations ont bénéficié d’une forte contribution du secteur chimique et pharmaceutique.

Cependant, cette stratégie du statu quo comporte des risques. Selon GianLuigi Mandruzzato, économiste chez EFG International, la poursuite de cette politique du taux-zéro est moins certaine qu’elle ne l’était encore récemment, et d’autres économistes, dont ceux d’UBS, allaient dans ce sens. La solidité du franc et le frein à l’endettement expliquent la politique monétaire plus prudente de la Suisse selon les économistes d’UBS et Raiffeisen.

Le franc refuge justifie-t-il l’attente ?

L’argument souvent avancé soutient que le franc, monnaie refuge, ne a pas besoin de taux directeurs élevés pour rester attractif. La Suisse se trouve dans une situation différente : l’inflation se situe dans la fourchette de stabilité des prix fixée par la BNS et le taux directeur est à 0%. L’écart croissant entre les taux d’intérêt suisses et ceux des pays étrangers devrait, pour l’instant, limiter les pressions à la hausse sur le franc suisse.

Mais le 24 septembre, la BNS a d’ores et déjà relevé ses prévisions d’inflation. Elle a remonté sa prévision d’inflation pour 2026 à 0,7%, pour 2027 à 0,8%, et pour 2028 à 0,8%. Cette révision à la hausse suggère que l’institution n’ignore nullement la montée des prix énergétiques, mais estime que le maintien du taux zéro demeure le bon choix sous ses conditions actuelles.

Une patience qui ne durera pas indéfiniment

La vraie question est ailleurs : combien de temps cette position pourra-t-elle tenir ? Si l’inflation franchit durablement la barre du 1% et que la croissance demeure soutenue, les pressions en faveur d’une normalisation des taux deviendront irrésistibles. Pour l’instant, les perspectives économiques restent entourées d’une forte incertitude, notamment en raison des tensions au Moyen-Orient, de l’évolution de la croissance mondiale, de la politique commerciale et des fluctuations des taux de change.

La BNS se laisse donc une marge de manœuvre. Elle maintient son cap à zéro, surveille les données, et relève discrètement ses anticipations d’inflation. C’est une stratégie de patience, pas de défiance : la banque centrale dit, en substance, l’inflation monte, mais pas assez vite pour agir tout de suite. Or, cette prudence ne pourra durer indéfiniment si les prix continuent de gripper.