Le Président de la Confédération Guy Parmelin s’est rendu à Washington mais aucun accord commercial n’a encore été signé. Cette visite au cœur du pouvoir américain, en fin de mois de juin, avait nourri des espoirs : conclure un arrangement sur les tarifs douaniers qui asphyxient depuis des mois les exportateurs helvétiques. Or, six mois après l’entrée en fonction de la nouvelle administration Trump, les négociations restent figées dans l’incertitude.
La situation reflète les tensions structurelles entre Washington et Berne sur les enjeux commerciaux. L’administration Trump a annoncé son intention de taxer les importations suisses à hauteur de 39%, un taux bien supérieur à celui infligé aux produits européens. Ces tarifs ciblent particulièrement les secteurs exportateurs majeurs : pharmaceutique, horlogerie, machines, et produits alimentaires. Le dossier est d’autant plus critique que l’impact économique potentiel n’est pas théorique : les données d’exécution douanière montrent déjà les effets en cascade.
Pour l’économie suisse, déjà ralentie par d’autres vents contraires, l’absence d’accord signe une période prolongée d’incertitude tarifaire. L’inflation reste faible grâce au mix énergétique suisse, tandis que la baisse de la demande étrangère pèse sur le commerce extérieur. Les prévisions de croissance, révisées à la baisse au printemps, plafonneront autour de 0,9 à 1,0 % en 2026, bien en dessous de la moyenne historique. La pharmaceutique, pilier de la compétitivité helvétique, cherche déjà à diversifier ses investissements : la pharma est en pleine relocalisation vers les États-Unis, et à moyen terme, une pénurie d’investissements dans ce secteur prétéritera l’économie suisse, avertissent les analystes.
Sur le front européen, la Suisse encaisse également des coups : l’Union européenne réduit de 33 % les volumes d’acier importés en franchise de droits depuis la Suisse dès juillet 2026, tandis que les droits de douane sur l’acier passent de 25 % à 50 % pour protéger la production européenne. Pire encore, la Suisse n’obtient pas d’exemption contrairement aux pays de l’EEE comme la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein. Ce traitement discriminant souligne la marginalisation croissante de la Suisse dans les jeux d’alliances commerciales globales.
L’enjeu n’est plus seulement tarifaire. C’est un avertissement sur la résilience même du modèle économique suisse face à un ordre commercial mondial de plus en plus fragmenté. Les gouvernances de Berne et Washington devront reprendre les négociations : laisser l’accord en l’état accélère le désinvestissement dans les secteurs sensibles, tandis que les délais législatifs américains imposent un agenda serré. Les droits de douane actuels de 10 % se basent sur la « section 122 » de la loi américaine sur le commerce ; ils peuvent être maintenus pendant 150 jours au maximum sans l’accord du Congrès, soit jusqu’au 24 juillet 2026. La date limite approche.
Côté suisse, les exportateurs demeurent vigilants face aux rebondissements politiques à Washington. Entre la complexité des procédures, des cas contractuels disparates et les incertitudes politiques, les exportateurs suisses restent sur leurs gardes. La récolte de données semestrielles d’ici à septembre révélera si ce statu quo tarifaire pousse d’ores et déjà les investisseurs à repenser leurs chaînes d’approvisionnement.