L’inflation suisse s’est accélérée à 1,0% en septembre, son niveau le plus élevé depuis août 2024, sous l’effet des prix de l’énergie. Pourtant, la BNS maintient son taux directeur à 0% en 2026, tandis que la Fed et la BCE ont relevé les leurs. Cette divergence de stratégies entre banques centrales révèle une réalité peu visible en surface : la Suisse vit simultanément une accélération des prix et un rebond de croissance, deux phénomènes que les autorités monétaires naviguent avec une circonspection étonnante.
Une inflation en hausse, mais maîtrisée
L’évolution de l’inflation suisse ces derniers mois semble contredire la sérénité affichée par la BNS. Après un passage à 0,8% en août, le renchérissement a continué sa progression à 1,0% en septembre. Cette ascension intervient dans un contexte international turbulent : l’inflation en Suisse s’était établie à 0,8% sur un an en août, en raison principalement de la flambée des prix des carburants depuis le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran le 28 février.
Malgré ce mouvement haussier, cette décision protège la stabilité des prix en Suisse, avec une inflation contenue entre 0,7% et 0,8%. La banque centrale a révisé ses prévisions à la hausse, mais reste confiante. La banque centrale prévoit désormais une inflation moyenne de 0,7% en 2026, contre 0,6% auparavant. Ses estimations passent également à 0,8% pour 2027, contre 0,6% lors de sa précédente prévision. Ces chiffres demeurent largement dans la fourchette cible de 0% à 2%, présentée par la banque centrale comme compatible avec une stabilité des prix.
La croissance redonne des couleurs
Fait remarquable : au moment où l’inflation progresse, l’économie suisse montre des signes d’accélération inattendus. Le consensus KOF escompte désormais une croissance du Produit intérieur brut (PIB) ajustée des événements sportifs de 1,7% cette année, contre 0,9% en juin dernier. Ce rebond impressionnant surprend les analystes. Les économistes consultés par le KOF ont ainsi revu à la hausse leurs estimations, tablant sur des exportations et des investissements plus robustes.
La BNS elle-même a intégré cet optimisme retrouvé. La BNS a également revu ses perspectives de croissance à la hausse après un deuxième trimestre particulièrement solide. Elle table désormais sur une progression du produit intérieur brut suisse comprise entre 1,5% et 2% en 2026, alors qu’elle prévoyait encore une croissance d’environ 1% lors de sa réunion de juin.
Taux zéro : une stratégie sous tension
C’est justement cette conjonction qui laisse certains économistes perplexes. Pourquoi la BNS persiste-t-elle avec un taux directeur à zéro quand la croissance revient et que l’inflation progresse ? GianLuigi Mandruzzato, économiste chez EFG International, a notamment évoqué une probabilité plus élevée d’une remontée des taux en décembre ou en mars, en raison de l’évolution des prix et de l’affaiblissement du franc suisse depuis l’été.
Pourtant, du côté de la banque centrale, les craintes semblent moins pressantes. Du côté d’UBS, les économistes considèrent qu’il n’existe pas d’urgence immédiate à relever le taux directeur, l’inflation restant encore dans la fourchette cible de la BNS, située entre 0% et 2%. La BNS elle-même reste convaincue que sa position actuelle demeure appropriée.
Le dilemme est classique : stimuler une économie en reprise exige une politique d’argent facile, mais une inflation en hausse commande de la rigueur. Or, la Suisse se trouve dans une situation différente : l’inflation se situe dans la fourchette de stabilité des prix fixée par la BNS et le taux directeur est à 0%. Cette position médiane offre à la banque centrale une marge de manœuvre que ses homologues étrangères n’ont plus. Mais pour combien de temps ?