La Banque nationale suisse (BNS) a opté pour la continuité lors de sa dernière évaluation de politique monétaire le 18 juin 2026. Le taux directeur reste inchangé à zéro, une posture maintenue depuis juin 2025. Cette décision reflète un équilibre délicat entre des pressions inflationnistes montantes et une économie réelle qui marque le pas.
Le contexte qui entoure cette décision mérite attention. Les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que les prix du pétrole plus élevés, pèsent plus lourdement sur les perspectives économiques qu’anticipé. Pourtant, l’inflation suisse demeure remarquablement contenue. Les prévisions tablent sur une inflation inférieure à 1% en Suisse, tandis qu’elle atteindrait environ 4% aux États-Unis et 3% dans la zone euro.
Une économie ralentie, une inflation tempérée
La raison de cette relative immunité suisse aux chocs énergétiques mondiaux tient à plusieurs facteurs structurels. La faible part des dépenses énergétiques dans le panier des prix à la consommation et la force du franc limitent considérablement les effets des prix de l’énergie en comparaison internationale. Ce bouclier naturel explique en partie pourquoi la BNS ne voit pas d’urgence à relever ses taux.
Simultanément, la croissance économique déçoit. Les experts de la Confédération ont révisé à la baisse leurs prévisions : croissance de 0,9% attendue en 2026, inférieure à la moyenne, suivie de 1,6% en 2027. L’industrie suisse, habituellement moteur des exportations, souffre de la faible demande mondiale et du franc fort qui rend les produits helvétiques moins compétitifs à l’étranger.
Le dilemme classique des banques centrales
La position actuelle de la BNS illustre un dilemme que toutes les banques centrales confrontent actuellement. La hausse des coûts énergétiques freine l’économie, ce qui peut entraîner un affaiblissement de la dynamique des prix à moyen terme, et en cas d’effets conjoncturels plus marqués, des baisses de taux seraient même justifiées tant que les prévisions d’inflation restent bien ancrées. Autrement dit, relever les taux lors d’un ralentissement économique risquerait d’étrangler une croissance déjà anémique.
L’inflation prévue pour le moyen terme reste dans la fourchette cible de la BNS, ce qui signifie que la banque centrale considère son objectif de stabilisation des prix comme atteint. Cette appréciation lui confère la flexibilité nécessaire pour privilégier le soutien économique plutôt que l’austérité monétaire.
Perspectives : quand commencera la normalisation ?
Les marchés financiers entrevoient cependant un tournant. Les marchés s’attendent à ce que la BNS renonce à sa politique de taux zéro avant la fin de l’année prochaine, bien que le potentiel de hausse devrait rester limité ces prochains mois en l’absence de perspectives quant à un solide cycle de hausse des taux. Une remontée progressive, plutôt qu’un basculement brutal, semble donc le scénario privilégié.
Pour les ménages et les entreprises, cette politique d’attentisme offre un sursis bienvenu. Les taux hypothécaires se maintiennent à un niveau modéré et les conditions de financement restent très attractives pour l’achat d’une maison ou d’un appartement. Mais ce sursis ne durera pas éternellement, et ceux qui projettent des investissements importants auraientintérêt à agir avant que le coût du crédit n’augmente.
La BNS demeure donc dans une posture de surveillance active, prête à adapter sa stratégie selon la façon dont l’économie mondiale et suisse réagira aux chocs actuels. Le statu quo de juin constitue moins une fin en soi qu’une pause en attente de clarté sur l’ampleur réelle des turbulences géopolitiques et leurs répercussions durable sur la croissance.