Ajustement carbone aux frontières : les économistes suisses appelent à l’action

Economie

La Suisse s’apprête à trancher une question stratégique : faut-il se doter de son propre mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ? Selon un sondage récent du KOF, les économistes suisses se prononcent majoritairement en faveur de l’instauration d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de la Suisse, de préférence aligné avec celui de l’UE.

Ce positionnement n’est pas anodin. Alors que l’inflation reste faible en Suisse grâce au mix énergétique, tandis que la baisse de la demande étrangère pèse sur le commerce extérieur, les entreprises helvétiques doivent composer avec des pressions croissantes. L’Union européenne a d’ores et déjà mis en place son propre MACF, une mesure qui structure progressivement les échanges commerciaux et impose de nouveaux standards réglementaires.

Une question d’harmonisation

Le consensus des économistes souligne l’importance d’harmoniser la Suisse avec les normes européennes. Cette convergence vise à éviter que les entreprises suisses se trouvent pénalisées par des disparités réglementaires trop importantes. L’enjeu dépasse la simple écologie : c’est aussi une question de compétitivité économique et d’accès aux marchés.

Pour l’économie suisse, le tableau est contrasté avec une inflation faible grâce au mix énergétique, tandis que la baisse de la demande étrangère pèse sur le commerce extérieur. Dans ce contexte, une politique climatique cohérente avec celle de Bruxelles faciliterait la fluidité des échanges et réduirait les surcharges administratives et tarifaires pour les exportateurs.

Au carrefour des transitions

La position défendue par les experts suisses s’inscrit dans un mouvement plus large. Les pressures fiscales de long terme requièrent une réforme structurelle pour contrer les coûts liés au vieillissement et soutenir la transition verte, rappelle l’OCDE. Un mécanisme carbone bien conçu pourrait contribuer à cette double ambition : financer la décarbonation tout en maintenant un environnement d’affaires viable.

Les débats en cours à Berne reflètent cette complexité. La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a rencontré le ministre italien de l’Économie et des Finances à Rome pour faire le point sur les dossiers fiscaux bilatéraux en cours, montrant que la Suisse multiplie les canaux diplomatiques pour anticiper les transformations réglementaires mondiales.

Des risques à gérer

Reste que l’implémentation d’un MACF suisse soulève des enjeux délicats. Il faudra définir le niveau de prélèvement, les secteurs concernés, et surtout les mécanismes de compensation pour ne pas étouffer les industries helvetiques déjà fragilisées par la timide croissance mondiale et le franc fort qui ralentissent les secteurs exposés de l’industrie des exportations suisse.

Le consensus des économistes constitue une base solide pour l’action publique, mais la route vers l’implémentation reste semée d’embûches. Les parlementaires devront concilier ambitieux climatiques, viabilité économique et pragmatisme commercial. Cette concertation entre experts, gouvernement et secteur privé sera déterminante pour que la Suisse consolide sa position de place économique durable et compétitive.