L’économie suisse affiche une résilience insoupçonnée. Les dernières prévisions du KOF et du SECO pulvérisent les attentes du début d’été. Alors qu’en juin les experts tablaient sur une croissance de 0,8 à 0,9% pour 2026, le tableau économique s’est radicalement transformé en quelques mois. Le KOF relève sa prévision de croissance du PIB suisse de 0,8% à 1,9% pour 2026. Parallèlement, le SECO relève sa prévision de croissance du PIB suisse à 1,7% pour 2026, contre 0,9% estimé en juin.
Cette accélération spectaculaire ne doit rien au hasard. Au premier semestre 2026, l’économie suisse, tout comme celle de l’ensemble du monde, s’est montrée nettement plus résistante que prévu face à la pression exercée par la politique douanière américaine et la hausse des prix de l’énergie. Mais surtout, les exportations pharmaceutiques et la résistance de la zone euro ont soutenu l’économie helvétique au premier semestre.
Une pharma qui tire l’attelage
C’est ici que réside le paradoxe helvétique. Les exportations ont bénéficié d’une forte contribution du secteur chimique et pharmaceutique. Or cette dépendance à un secteur représente un risque structurel majeur pour l’économie suisse. Une baisse de la demande mondiale de produits pharma, une modification des règles commerciales ou une consolidation dans la branche pourraient rapidement épuiser cette dynamique.
L’optimisme actuel doit aussi être nuancé par les données de marché du travail. En septembre, le taux de chômage au sens du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) s’est maintenu à 3,0%, comme en juillet et août. Une stabilité qui masque des tensions croissantes. Et l’inflation, bien que maîtrisée, progresse. L’inflation s’élève à 1,0% en septembre, sous l’effet des prix de l’énergie.
Les ombres au tableau demeurent
La Suisse reste fortement dépendante de la conjoncture mondiale, de la demande européenne et de ses exportations. Les tensions commerciales, les prix de l’énergie, les incertitudes géopolitiques et l’évolution du franc suisse continuent ainsi de peser sur les perspectives.
Sur le plan social, les tensions montent d’un cran. L’assurance-chômage suisse a enregistré une perte de 249 M CHF en 2025, contre un excédent de 1,43 Md CHF en 2024. Un effondrement des réserves qui inquiète sérieusement. Les syndicats suisses ont déposé suffisamment de signatures pour s’opposer à une modification législative prévoyant que les salaires fixés par les conventions collectives de travail (CCT) prévalent sur les salaires minimaux cantonaux.
Enfin, des chocs climatiques pèsent sur l’agriculture. Davantage de réserves obligatoires de protéagineux sont libérées en raison de la sécheresse. Et le prix à la production du lait bio sera majoré de 3 centimes par kilogramme à compter du 1er octobre 2026. La sécheresse, la pénurie de fourrage et les pertes de récoltes qui en découlent pèsent sur la situation économique de nombreuses exploitations bio.
En résumé : l’économie suisse bondit, mais sur le sable. Les trois prochains mois seront décisifs pour confirmer cette embellie ou révéler ses fragilités structurelles.