La Suisse fait face à un redoutable défi : l’inflation remonte alors que la banque centrale reste figée sur ses positions. L’inflation suisse a atteint 1,5 % en octobre 2026, un niveau supérieur aux attentes de la Banque nationale suisse. Ce chiffre, le plus haut niveau depuis décembre 2023, arrive comme une douche froide juste au moment où la BNS cherchait à relancer l’économie par des taux à zéro. La banque centrale doit désormais naviguer entre deux écueils : maintenir le soutien à la croissance ou freiner la hausse des prix.
Les prix de l’énergie, coupable principal
Qu’est-ce qui explique cette accélération soudaine ? La hausse de l’inflation s’explique notamment par les prix de l’énergie. Depuis cet été, les prix du pétrole fluctuent selon les tensions géopolitiques, et la Suisse, malgré sa position de refuge économique, ne peut échapper à ces secousses mondiales. C’est un problème connu : une petite économie ouverte comme la nôtre reste vulnérable aux chocs externes.
Une croissance qui surprend à la hausse
Mais le contexte économique général reste paradoxalement porteur. L’économie devrait progresser de 1,7 % en 2026, contre une précédente estimation de seulement 0,9 %. La croissance rebondit. En octobre, le taux de chômage au sens du Secrétariat d’État à l’économie s’est maintenu à 3,0%, un niveau stable depuis juillet. Le marché du travail tient bon. Paradoxalement, une économie qui se renforce peut aussi générer des pressions inflationnistes, d’où les tensions actuelles.
La BNS maintient le cap, mais se prépare à agir
Alors, que fait la BNS face à ce nouvel environnement ? Elle maintient le cap. L’institution conserve son taux d’intérêt directeur à 0% lors de son évaluation. Pas de hausse immédiate, donc, mais une vigilance affichée. Le président Martin Schlegel évoque une possible adaptation de la politique monétaire si les hausses de prix se diffusent. Traduction : si l’inflation se généralise, la BNS sera forcée d’agir.
Cette posture plaît à certains analystes. UBS estime qu’il n’y a pas d’urgence pour la BNS à remonter son taux directeur, l’inflation restant conforme à son objectif, de 0% à 2%. L’inflation est encore dans la fourchette acceptable, et la BNS définit la stabilité des prix par une inflation comprise entre 0 % et 2 % à moyen terme.
L’impatience de certains économistes
Cependant, certains économistes s’impatientent. GianLuigi Mandruzzato d’EFG International estime que la poursuite du taux-zéro est moins certaine qu’avant, et que la probabilité pour que la BNS remonte ses taux en décembre ou en mars s’est accrue. La pression monte graduellement.
Ce qui complique la situation : l’environnement monétaire mondial se referme. La Banque centrale européenne a relevé ses taux, la Fed aussi. La Suisse fait cavalier seul avec ses taux à zéro, ce qui affaiblit progressivement le franc. Ce phénomène peut stimuler les exportations à court terme, mais il risque également de renchérir les importations, amplifiant ainsi la pression inflationniste.
Pour l’heure, la BNS gère l’équilibre, mais la fenêtre se resserre. La prochaine échéance clé sera la décision de décembre. Entre ici et là, chaque publication de chiffres économiques sera scrutée à la loupe. La Suisse attendait une période tranquille, avec croissance modérée et prix stables. Elle entre désormais dans une phase d’incertitude que seule la BNS pourra trancher.