Suisse: l’inflation maîtrisée ne suffit pas à redorer le climat économique des ménages

Economie

L’économie suisse présente un visage schizophrène en cette mi-juillet 2026. Sur le papier, tout semble bien : l’inflation languie, le franc demeure une valeur refuge, le chômage reste bas. Mais sous cette apparente sérénité, une autre réalité se dessine, celle d’une confiance des consommateurs qui s’érode et d’un commerce extérieur qui s’enfonce.

Le baromètre du moral des ménages suisses ne trompe pas. L’indice du climat de consommation s’inscrit à moins 36 points en juin 2026, inférieur de 4 points à son niveau de juin 2025. Plus grave encore, les sous-indices inférieurs au niveau de juin 2025 incluent la situation économique générale à venir, la situation financière passée et à venir, ainsi que le moment favorable pour de grandes acquisitions. Les Suisses dépensent moins, achètent moins, espèrent moins.

L’inflation basse n’explique pas tout

Paradoxalement, l’inflation a reculé de 0,1 point en juin pour s’établir à 0,5% en glissement annuel. Cette maîtrise des prix aurait dû soutenir le pouvoir d’achat et rassurer les portefeuilles. Or, c’est l’inverse : l’amélioration sur le front des prix de détail ne suffit pas à compenser l’angoisse qui monte face à l’économie mondiale et à ses conséquences. Pour la Suisse, le tableau est contrasté : l’inflation reste faible grâce au mix énergétique, tandis que la baisse de la demande étrangère pèse sur le commerce extérieur.

C’est précisément sur ce second volet que le diagnostic devient alarmant. Au premier trimestre 2026, les exportations suisses ont reculé de 4,2% pour s’établir à 66,9 milliards de francs, leur niveau le plus bas depuis le troisième trimestre 2021. Ce plongeon n’est pas limité à un secteur ou un marché isolé. Cette baisse concerne en particulier les échanges avec les États-Unis, un partenaire pourtant central pour l’économie helvétique.

Des fissures géographiques et sectorielles

La géographie du déclin révèle aussi des inquiétudes nouvelles. Les exportations vers la Chine ont reculé de 9,8%, tandis que celles à destination du Japon ont diminué de 5,9%. Même en Europe, où l’Union européenne affiche une croissance globale des importations suisses, les disparités gagnent du terrain. Les exportations ont augmenté de 5,4% vers l’Italie et de 6,9% vers la France, mais ont reculé de 6,1% vers l’Allemagne, principal partenaire commercial de la Suisse en Europe.

La reprise modeste enregistrée en mai, les exportations désaisonnalisées ont bondi de 13,4%, la croissance reposant principalement sur les produits chimiques et pharmaceutiques et sur les échanges avec l’Europe, n’a pas suffi à inverser la tendance générale. Ces rebonds sectoriels masquent une vulnérabilité croissante : l’économie suisse, fondée sur ses forces en chimie-pharma et services, reste exposée aux chocs mondiaux.

L’incertitude comme frein persistant

Pourquoi le climat de confiance s’effondre alors que l’inflation reste maîtrisée ? La réponse tient en trois lettres : USA. Depuis le 24 février, un droit de douane additionnel forfaitaire de 10% s’applique temporairement à une grande partie des importations aux États-Unis, et des droits additionnels pouvant atteindre 15% ont été annoncés pour les produits pharmaceutiques suisses à compter du 31 juillet. Ce délai arrive à échéance le 24 juillet 2026, date pivot où le contexte commercial pourrait se clarifier ou s’envenimer.

Cette incertitude tarifaire n’est que la pointe visible d’un iceberg plus large. La crise au Proche-Orient et au Moyen-Orient pousse les prix de l’énergie à la hausse et freine l’économie mondiale. Pour une nation exportatrice comme la Suisse, chaque secousse geopolitique se répercute immédiatement sur les carnets de commandes et les perspectives d’emploi. Les ménages le savent, d’où leur prudence.

Une croissance qui s’effrite

Les projections officielles soulignent cette fragilité. Le groupe d’experts de la Confédération table sur une croissance nettement inférieure à la moyenne en 2026, de 0,9%. Avec un climat de consommation dégradé et des exportations au ralenti, ce chiffre pourrait même sembler optimiste.

Reste que la situation n’est pas catastrophique. La Suisse conserve ses fondamentaux : un secteur bancaire et assurantiel solide, une main d’œuvre qualifiée, une stabilité institutionnelle. Mais le moment est celui de la lucidité. Les consommateurs suisses ont raison de être prudents. Derrière la facade de l’inflation basse se cachent des turbulences commerciales et des incertitudes géopolitiques qui justifient la baisse de confiance observée en juin. L’économie suisse, réputée immuable, affronte une période d’ajustement qui pourrait s’avérer plus longue et inconfortable que prévu.