Droits de douane américains: la Suisse retient son souffle avant l’échéance du 24 juillet

Economie

La Suisse se trouve face à un carrefour décisif. Les droits de douane américains actuels de 10% arrivent à expiration le 24 juillet 2026, une deadline qui concentre l’anxiété des économistes et des exportateurs helvétiques. Ce délai, défini par la législation américaine, marque le moment où le gouvernement Trump devra trancher: reconduire ces taxes commerciales ou les laisser tomber.

L’incertitude liée à la politique économique et commerciale internationale persiste. Les prévisions reposent sur l’hypothèse que les droits de douane américains sur les importations resteront essentiellement à leur niveau actuel. Or cette hypothèse technique masque une réalité volatile. Les droits de douane actuels peuvent être maintenus sans l’approbation du Congrès pour une durée maximale de 150 jours, ce qui signifie que chaque renouvellement relève d’une décision discrétionnaire du gouvernement américain.

Un marché du travail qui se stabilise

Malgré les pressions extérieures, quelques signaux positifs émergent du marché du travail suisse. Le taux de chômage non désaisonnalisé a légèrement diminué à 2,9% en juin 2026, le plus bas depuis novembre 2025, le nombre de chômeurs ayant diminué de 2,5 milliers. Cette amélioration intervient après des mois de tension, reflétant une relative résilience de l’emploi malgré les conditions internationales dégradées.

Le chômage a baissé dans la plupart des cantons, les plus fortes diminutions étant enregistrées en Valais, aux Grisons et en Argovie. Par secteur, le chômage a notablement diminué dans la construction et l’hôtellerie. Ces secteurs, sensibles à la saisonnalité, regagnent de la vivacité, tandis que les services financiers présentent un tableau moins reluisant.

L’inflation continue de ralentir

Sur le front des prix, la trajectoire reste favorable. Les prix à la consommation en Suisse ont augmenté de 0,5% d’une année sur l’autre en juin 2026, ralentissant légèrement par rapport à 0,6% le mois précédent. Les pressions sur les prix se sont atténuées dans les principales catégories, particulièrement le logement et l’énergie (1,2% contre 1,5% en mai) et les transports (1,8% contre 2%).

L’inflation de base annuelle, qui exclut les éléments volatils, est restée inchangée à 0,3% en juin. Ce tableau, en surface, rassure. Toutefois, des critiques persistent quant à la construction de cet indice. L’indice de l’inflation suisse ne reflète pas le renchérissement réel, notamment parce que le poids de l’énergie est sous-estimé et que les primes d’assurance maladie en sont exclues. Ce biais est une perte nette de pouvoir d’achat pour les salariés.

Une dépendance accrue à la demande étrangère

L’absence d’accord commercial avec les États-Unis pèse lourdement sur les perspectives. Pour la Suisse, le tableau est contrasté: l’inflation reste faible grâce au mix énergétique, tandis que la baisse de la demande étrangère pèse sur le commerce extérieur. Le Groupe d’experts de la Confédération révise légèrement à la baisse ses prévisions pour la croissance économique de la Suisse, tablant sur une croissance de 0,9% en 2026, suivie d’une progression de 1,6% en 2027.

Ce ralentissement découle directement des turbulences géopolitiques. La crise au Proche-Orient et au Moyen-Orient pousse les prix de l’énergie à la hausse et freine l’économie mondiale. Pour une économie petite et ouverte comme celle de la Suisse, ces ondes de choc se propagent rapidement, même si sa structure économique moins énergivore offre un amortisseur partiel.

Les 72 heures précédant le 24 juillet 2026 pourraient donc devenir déterminantes. Un renouvellement des droits de douane américains entraînerait un nouvel affaiblissement des exportations suisses, compromettant davantage une croissance déjà modérée. À l’inverse, leur levée ouvrirait un espace de respiration pour les secteurs exposés. Pour l’heure, l’économie suisse marque le pas, en attendant Washington.