La croissance suisse explose, mais l’inflation s’invite au festin

Economie

La Suisse a connu un revirement économique spectaculaire ces dernières semaines, mais un nuage gonflable menace l’horizon. Tandis que les économistes revisent la croissance à la hausse, l’inflation s’accélère de manière inattendue, forçant la Banque nationale suisse à repenser son inaction prolongée.

Le SECO a relevé sa prévision de croissance du PIB suisse à 1,7% pour 2026, contre 0,9% estimé en juin. Mieux encore, le KOF relève sa prévision de croissance du PIB suisse de 0,8% à 1,9% pour 2026. Cette révision spectaculaire reflète la solidité inattendue de l’économie helvétique face aux tempêtes géopolitiques et commerciales.

Exportations et franc faible soutiennent le rebond

Les exportations pharmaceutiques et la résistance de la zone euro ont soutenu l’économie helvétique au premier semestre. Au premier semestre 2026, l’économie suisse, tout comme celle de l’ensemble du monde, s’est montrée nettement plus résistante que prévu face à la pression exercée par la politique douanière américaine et la hausse des prix de l’énergie, expliquent les chercheurs de l’EPFZ.

Néanmoins, le scénario s’assombrit. L’inflation a atteint 1,5% en octobre, tirée par la flambée des prix du mazout et des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient. Cette accélération surprend : elle représente le plus haut niveau depuis décembre 2023 sous l’effet de la hausse des coûts de l’énergie.

La BNS face à un dilemme monétaire

Tandis que l’inflation grimpe, la Banque nationale suisse maintient un taux directeur à zéro depuis trois ans. Cette dissonance entre la réalité des prix et l’inaction monétaire suscite des interrogations. La pression inflationniste augmente en Suisse, mais selon le vice-président de la BNS, aucun changement de cap n’est nécessaire. Cependant, cette position paraît de moins en moins tenable si le phénomène persiste.

Les experts reconnaissent la tension. Si le premier semestre a représenté la rampe de lancement de la croissance de l’ensemble de l’année, le KOF prévoit une pause durant le troisième trimestre, avant une reprise modérée au cours des trois derniers mois de 2026. Le cycle économique ressemble davantage à un électrocardiogramme qu’à une courbe régulière.

Les investissements moteur de demain

La bonne nouvelle : les investissements en capital fixe devraient progresser de 1,3% en 2026 et de 2,7% en 2027. Ce redémarrage des dépenses d’équipement suggère que les entreprises suisses construisent pour la décennie à venir, malgré l’incertitude à court terme.

L’équation est donc complexe. La Suisse bénéficie d’une base exportatrice résiliente et d’une reprise d’investissement solide, des marqueurs positifs pour un pays dépendant du commerce extérieur. Pourtant, l’inflation galopante et les tensions géopolitiques persistantes menacent ce scénario optimiste. Pour les mois à venir, tout se jouera sur la capacité de l’économie helvétique à poursuivre sa croissance sans que l’inflation ne devienne incontrôlable, forçant la BNS à réviser sa stratégie monétaire.