La BNS joue le jeu du taux zéro alors que la croissance s’envole : une stratégie qui divise

Economie

Alors que la croissance suisse rebondit à 1,5-2% pour 2026, la Banque nationale suisse a surpris par sa prudence en conservant jeudi son taux directeur à 0,0%, le maintenant inchangé depuis juin 2025. Une décision attendue des économistes, certes, mais qui dessine un écart abyssal avec ses homologues européennes et américaines.

La BCE et la Fed ont relevé leurs taux respectifs de 25 points de base quelques jours avant cette décision, creusant ainsi l’écart monétaire entre Suisse et ses grands voisins. Le taux suisse reste le plus bas parmi les grandes banques centrales du monde.

L’inflation tempère l’inquiétude

La BNS a relevé ses prévisions d’inflation face à la hausse des prix des produits pétroliers, mais reste confiante. L’institution anticipe une inflation de 0,7% pour 2026, puis 0,8% pour 2027 et 2028. Ces chiffres restent largement en deçà de sa cible de 2%, justifiant le statu quo monétaire aux yeux de l’institut d’émission.

La vraie raison du maintien des taux ? Le franc fort protège la Suisse contre l’inflation importée malgré la hausse des prix des hydrocarbures liée au conflit au Moyen-Orient. Cette aide naturelle permet à la BNS de conserver une politique accommodante sans enflammer les prix à la consommation.

Une croissance qui revient, mais sous conditions

La BNS a relevé sa prévision de croissance pour 2026 compte tenu du bond du produit intérieur brut au deuxième trimestre, tablant désormais sur une progression du PIB entre 1,5% et 2%, contre environ 1% attendu en juin. Cette amélioration reflète la résilience inattendue de l’économie helvétique face aux turbulences géopolitiques.

Pourtant, derrière ce rebond se cache une réalité plus fragile. La croissance accumule certaines fragilités liées aux dépendances révélées par la succession des crises récentes : approvisionnement énergétique, débouché américain, concentration exportatrice dans la pharma. L’allégement monétaire relatif de la Suisse, via la dépréciation du franc, pourrait suffire à soutenir l’activité, mais pour combien de temps ?

Le pari du franc faible

La banque centrale se dit disposée à intervenir activement sur le marché des changes si nécessaire afin de garantir des conditions monétaires adéquates. Une formulation légèrement plus musclée qu’auparavant, reflétant les tensions qui montent autour de la parité du franc.

Ici réside le cœur du dilemme suisse. Alors que d’autres banques centrales maintiennent leurs taux à des niveaux élevés ou les remontent, la Suisse bénéficie d’un assouplissement de ses conditions monétaires grâce à l’élargissement du différentiel de rendement. En clair, les placements en francs suisses deviennent relativement moins attractifs, la monnaie se déprécie, ce qui permet à la BNS de bénéficier d’un assouplissement sans avoir à toucher à son taux directeur.

Une stratégie intelligente à court terme, mais qui comporte ses risques. La Suisse importe notamment du pétrole et de l’énergie dont les prix peuvent fortement augmenter sous l’effet des tensions internationales. Une hausse qui, combinée à un franc plus faible, ferait peser un risque non négligeable d’inflation importée.

Un équilibre devenu fragile

La BNS navigue sur une corde raide. Maintenir les taux à zéro soutient une économie fragilisée par les chocs externes et la dépendance aux exportations. Mais laisser le franc s’affaiblir dans un contexte d’inflation énergétique croissante risque d’alimenter des pressions inflationnistes à moyen terme. Le retour du risque inflationniste et les tensions sur l’énergie pourraient rapidement fragiliser cet équilibre.

Pour les exportateurs suisses, cette politique offre un sursis bienvenu face à la concurrence mondiale. Mais ce répit pourrait s’avérer temporaire si la trajectoire divergente de la BNS se prolonge face à un renchérissement durable de l’énergie.