Pour la troisième fois en trois mois, la Suisse fait la surprise. Le baromètre du KOF a atteint en septembre son plus haut niveau depuis 2021, passant à 109,1 points. Un signal qui devrait rassurer. Mais derrière ces chiffres optimistes se cache une réalité plus nuancée : une économie dopée par quelques secteurs spécifiques, où les petits signaux fragiles commencent à s’accumuler.
La progression de septembre a été soutenue par l’industrie, les services et le secteur de la construction, qui affichent une évolution particulièrement positive. Sur le terrain, l’activité bouge : au 2ème trimestre, l’activité et l’emploi ont progressé dans les branches marchandes, avec une hausse sur un an de 5,3% du chiffre d’affaires et de 2,0% de l’emploi. Le ministère de l’Économie, lui, surfe sur cet élan. Le groupe d’experts de la Confédération table désormais sur une croissance du PIB de 1,7% pour 2026, contre une progression de 0,9% en juin dernier.
Un rebond porté par la pharma, la plus grande fragilité
Mais voilà le hic. Après le bond des exportations pharmaceutiques au deuxième trimestre, le ministère s’attend à « un certain mouvement inverse » au second semestre. C’est l’euphorie du moment : un secteur volatile porte l’ensemble de la barque. L’impulsion provient pour près de moitié du secteur chimie-pharma. Difficile d’appeler cela un rebond durable quand une branche qui fluctue fortement représente la moitié des gains.
Pendant ce temps, d’autres nuages s’accumulent à l’horizon. En août, le taux de chômage s’est maintenu à 3,0%, ce qui paraît rassurant sur le papier. Sauf que le marché du travail ne crée plus d’emplois aussi vigoureusement qu’avant. Malgré les incertitudes autour du conflit en Iran et des prix de l’énergie, une partie de l’industrie helvétique bénéficie de la vague d’investissements dans l’intelligence artificielle, qui dope la demande d’équipements pour la construction de centres de données. Voilà une lueur, mais elle dépend entièrement de dynamiques externes que la Suisse ne contrôle pas.
La BNS refuse de s’affoler, mais les risques montent
La Banque nationale suisse a maintenu jeudi son principal taux directeur au niveau actuel malgré l’accélération de l’inflation provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Ce taux reste ainsi fixé à 0%, le niveau le plus bas parmi les grandes banques centrales dans le monde. Elle table désormais sur une progression du produit intérieur brut suisse comprise entre 1,5% et 2% en 2026, un signal d’optimisme que le Seco a repris en relevant sa prévision à 1,7%.
Seulement voilà : en août, l’inflation a atteint 0,8% sur un an, contre 0,4% en juillet. Le franchissement de ce seuil n’a pas déclenché d’alerte rouge, mais il faut lire entre les lignes. Les risques augmentent, notamment avec la progression récente des prix du pétrole liée aux tensions au Moyen-Orient. La BNS joue le jeu de l’attentisme bienveillant : maintenir les taux bas pour ne pas étouffer une reprise fragile, mais sans ignorer que l’inflation monte.
L’économie suisse sur le fil du rasoir
En résumé, le tableau ressemble à ceci : un indice de confiance au plus haut, des prévisions de croissance relevées, une inflation maîtrisée (pour le moment), un marché du travail qui stagne, et une dépendance croissante vis-à-vis de quelques secteurs volatiles. C’est le cocktail habituel de l’économie suisse en 2026 : une apparence de solidité qui cache des fragilités structurelles.
Le KOF peut afficher 109,1 points, l’optimisme peut dominer les salons de presse économiques, mais tant que cette croissance repose sur le secteur pharma et que l’inflation flirte avec les 0,8%, la Suisse reste sur le fil du rasoir. Une bonne nouvelle peut faire basculer les marchés. Un choc sur les prix du pétrole, une perturbation du secteur chimique, et l’optimisme s’évanouirait aussi vite qu’il est apparu.