Pendant que les banques centrales du monde occidental relèvent les taux pour combattre l’inflation, la Banque nationale suisse (BNS) maintient le cap. La BNS a maintenu son taux directeur à 0,0% le 18 juin 2026, et la prochaine décision de politique monétaire de la BNS est attendue le 24 septembre 2026, sans hausse anticipée par les experts.
Cette prudence tranche avec l’environnement international. En comparaison internationale, les taux directeurs des États-Unis se situent entre 3,5 et 3,75%, tandis que celui de la Banque centrale européenne (BCE) s’établit à 2,25%. Pourtant, la BNS n’estime pas nécessaire de suivre cette tendance haussière.
L’inflation modérée, arme secrète de la Suisse
La différence de trajectoire s’explique d’abord par une situation inflationniste moins préoccupante. Bien qu’un blocage du détroit d’Ormuz a considérablement affecté l’offre énergétique mondiale et fait grimper les prix de l’énergie, la pression sur les prix s’est accrue en Suisse, les effets restent limités. En raison de la faible part des dépenses énergétiques dans le panier des prix à la consommation et de la force du franc, les effets des prix de l’énergie sont toutefois beaucoup plus modérés en Suisse en comparaison internationale.
Caroline Hilb, responsable Investment et prévoyance chez Raiffeisen, explique notamment le faible niveau des taux par la modération de l’inflation et la vigueur du franc. Ce franc robuste agit ainsi comme un stabilisateur naturel : il limite les pressions inflationnistes qui justifieraient un resserrement monétaire.
Une prudence calculée pour l’économie réelle
Cette hausse reste modérée et ne devrait pas contraindre la BNS à relever ses taux en 2026. Les experts jugent que relever les taux frôlerait l’imprudence dans un contexte où l’économie suisse commence à marquer le pas. La BNS table sur une croissance nettement inférieure à la moyenne en 2026, de 0,9 %, un signal que l’inflation n’est pas le problème principal.
Cette divergence comporte cependant des effets secondaires. Le secteur financier suisse navigue entre deux réalités : des rendements faibles maintiennent les marges sous pression, tandis que l’attractivité de la place financière suisse en tant que refuge sécurisé reste intacte. 65 % des banques s’attendent à ce que les marges d’intérêt se stabilisent, voire augmentent, au cours de la prochaine ou des deux prochaines années.
La BNS paie le prix d’une économie saine : alors qu’ailleurs on crie à la hausse, la Suisse choisit la retenue. C’est une stratégie qui demande de la confiance dans les fondamentaux. Une confiance qui, pour l’instant, semble justifiée.