BNS: pourquoi ce maintien des taux à 0% commence à poser problème

Economie

La Banque nationale suisse a confirmé jeudi 24 septembre sa stratégie de glaciation monétaire en maintenant son taux directeur à 0%, quand la majorité de ses homologues internationales accélère les hausses. Pendant que la Réserve fédérale américaine flirte avec 3,5 à 3,75% et la Banque centrale européenne relève progressivement vers 2,25%, Berne persiste dans une politique de lourdeur financière qui commence à poser des questions sur l’efficacité macroéconomique.

Le contexte n’a pourtant pas changé en faveur de l’inaction. En août, l’inflation avait subitement accéléré avec le regain de tensions au Moyen-Orient, grimpant à 0,8% sur un an contre 0,4% en juillet. Face à cette montée des prix énergétiques, on aurait pu s’attendre à une réaction. Or non. Pour 2026, la BNS table désormais sur 0,7% d’inflation, relevé légèrement de ses précédentes prévisions. Mais elle considère manifestement que ce niveau reste manageable dans sa cible de 0 à 2%.

Le consensus économique était massivement aligné sur ce maintien. Sur les 18 économistes interrogés par l’agence suisse AWP, tous sans exception s’attendaient à ce maintien à 0%. La position de la BNS repose sur une logique : l’inflation suisse a atteint 0,8%, ce qui reste largement dans la fourchette de stabilité des prix de 0 à 2% fixée par la BNS. Tant que le thermomètre n’explose pas, pourquoi bouger?

Mais jusqu’à quand cette béquille artificielle?

Cette question taraude à juste titre les marchés et les experts. Plusieurs économistes n’excluent pas un relèvement dès décembre ou mars prochain, une projection que la BNS elle-même ne dément pas totalement. La BNS a également relevé sa prévision de croissance pour 2026, à 1,5% à 2%, ce qui renforce l’argument d’une normalisation prochaine : si la croissance s’accélère, comment justifier des taux zéro?

Mais voilà le piège : en attendant trop longtemps, on laisse s’accumuler les distorsions. L’épargne des ménages reste étouffée. Les propriétaires immobiliers profitent d’un financement ultra-bon marché qui, paradoxalement, continue de tirer les prix vers le haut. Et pendant ce temps, les autres économies, moins résilientes que la Suisse, sont déjà en train de corriger leurs politiques.

Le franc suisse, couronne de la stabilité helvétique, incarne cette tension : la solidité du franc et le frein à l’endettement expliquent la politique monétaire plus prudente de la Suisse selon les économistes d’UBS et Raiffeisen. C’est juste. Mais une devise forte dans un contexte d’inflation mondiale montante, c’est aussi un signal que le marché réclame une correction. La BNS l’écoute-t-elle?

Ce qui est certain, c’est que cette attente passive ne durera plus longtemps. Les marchés anticipent déjà des mouvements avant fin 2026. La question pour la Suisse n’est plus si elle relèvera ses taux, mais quand elle le fera sans casser la croissance qu’elle cultive si précieusement.