Un véritable boom de l’emploi secoue la Suisse. Au deuxième trimestre de 2026, le pays comptait 112 000 personnes actives supplémentaires comparé à la même période l’an passé. Cette augmentation représente une hausse de 2 %, et l’emploi a progressé environ deux fois plus vite que la population.
Cette dynamique contraste vivement avec le tableau économique plus nuancé peint dans les données de croissance du PIB. Alors que le second trimestre avait affiché une croissance solide de 1,5 %, le dynamisme du marché de l’emploi dépasse les attentes que seule la performance macroéconomique aurait suggérée. Les entreprises suisses, loin de ralentir leurs embauches, renforcent même leur optimisme : elles ont signalé 2,7 % de postes vacants supplémentaires sur un an et se montrent optimistes quant à l’évolution future.
La Suisse romande tire le groupe
Mais ce boom n’épargne pas les inégalités régionales. Au cours des dix dernières années, aucune région n’a créé proportionnellement davantage d’emplois à plein temps que la région lémanique, avec une progression de 22,6 % pour atteindre 905 000 emplois. En chiffres absolus, la région lémanique arrive en tête avec près de 167 000 emplois à plein temps créés depuis 2016. Genève et Lausanne demeurent les locomotives romandes.
D’autres zones comme la Suisse centrale ont connu une hausse de 3,2 %, à 441 000 emplois sur une année. À l’inverse, les employeurs de l’Espace Mittelland ont créé relativement peu de nouveaux emplois, soulignant les fractures économiques qui structurent la Confédération.
Le temps partiel en expansion, le taux de chômage au plancher
Un phénomène qui mérite attention accompagne cette explosion d’emplois : de nombreux emplois temporaires ont été créés au cours de l’année écoulée, la branche économique « activités liées à l’emploi » ayant enregistré une hausse de plus de 20 000 emplois à plein temps. Cette flexibilisation du marché du travail reflète les mutations des besoins des entreprises suisses, portées par l’innovation et la transition écologique.
Sur le front du chômage, les chiffres restent implacables. En mai 2026, le taux de chômage en Suisse s’élevait à 3,0 %, l’un des plus bas d’Europe, tandis qu’environ 44 700 offres d’emploi étaient signalées aux agences régionales pour l’emploi. Une situation qui révèle l’essence même du défi actuel : non pas un manque de demande, mais une pénurie persistante de talents qualifiés.
Compétences numériques et green jobs : les nouveaux eldorados
Les compétences numériques et les métiers liés à la transition écologique sont en plein essor. Les employeurs affutent leur sélection, valorisant autant les aptitudes techniques que relationnelles. Les entreprises suisses valorisent les soft skills : autonomie, esprit d’équipe, communication et gestion du stress.
Cette expansion de l’emploi arrive à point nommé : elle masque les fragilités souterraines d’une économie helvétique confrontée aux turbulences commerciales mondiales et aux pressions inflationnistes. Tant que le marché du travail résiste, la consommation des ménages s’en trouvera soutenue, et avec elle, la croissance économique. Mais la question latente demeure : cette création d’emplois durable peut-elle persister si la croissance ralentit davantage lors du second semestre ?